X

Petit lexique d'accessibilités

PMR :
Personne à Mobilité Réduite

Sous-Titres SME :
Films sous-titrés en français avec sous-titres supplémentaires décrivant l'environnement sonore à l'intention des spectateurs malentendants.

AD :
Film diffusé en Audio-Description. Ce dispositif permet aux spectateurs non-voyants d'utiliser un récepteur muni d'un casque afin d'entendre des commentaires à propos de l'environnement visuel de l'action. Nous recommandons à nos amis non-voyants de venir avec leur casque personnel muni d'une fiche mini jack standard. Ce dispositif est non audible par les spectateurs n'utilisant pas le système.

Vite, une toile!.. aujourd'hui...

Informations

Petit lexique accessibilité

Abonnez-vous !!!

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre d'information du Club

Prochainement

Un homme intègre
Iran | 2017| 1h57
Réalisation : Mohammad Rasoulof
Avec : Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi
Version originale (persan) sous-titrée en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Ce film est présenté au Festival de Cannes 2017 dans la sélection Un Certain Regard

Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce.
Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre.
Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?


Imprimer la fiche film

Un homme intègre : Oppresseur ou opprimé
par Isabelle Danel




Dans une région reculée d’Iran, un homme tente de résister à la corruption généralisée, jusqu’au moment où il doit choisir son camp : opprimé ou oppresseur. Implacable, glaçant et magnifique.

Une nuée d’oiseaux voraces. Un lac constellé de poissons rouges le ventre en l’air. Un essaim de motards casqués. Une maison en flammes… Ce sont quelques-unes des images à la fois sublime et terrifiantes qui émaillent Un homme intègre de Mohammad Rasoulof. L’histoire d’un homme, Reza, qui vit avec sa femme Hadis, directrice d’école, et leur petit garçon, dans une ferme reculée d’Iran où il élève des poissons rouges. Après avoir refusé de donner un pot de vin à un banquier, il n’échappe pas à l’énorme majoration pour retard de paiement. Et c’est le début d’une série de catastrophes dont certaines rappellent les plaies d’Egypte. Le réalisateur iranien de La Vie sur l’eau (2005) et (2011) est assigné à résidence dans son pays depuis octobre 2017et s’est vu confisquer son passeport après avoir présenté son dernier film dans de nombreux festivals dont Cannes en mai dernier, où il a reçu le Prix Un Certain Regard. Son sixième long-métrage de fiction est un implacable constat de la terreur sourde que fait peser l’état iranien à tous les échelons de la hiérarchie (ici « la compagnie », dont on ne saura jamais exactement ce qu’elle recouvre). La mise en scène, précise, délicate, ménage des moments de chaleur d’une belle simplicité, entre les parents et leur fils, et aussi dans le couple où l’amour circule et où l’acte sexuel est partagé joyeusement. Elle fait exister une multitude de personnages secondaires, parmi lesquels une famille chrétienne dont on apprend qu’ils ne peuvent ni scolariser leurs enfants, ni même obtenir une sépulture à leur mort. Certains viennent encore nous informer sur le passé de Reza et Hadis, autrefois installés à Téhéran. L’enchaînement des désastres ponctue chaque renoncement, celui de Hadis d’abord qui tente d’agir de son côté, puis celui de Reza, qui décide d’agir… Beau et terrible, le film ne cesse de sombrer avec ses personnages dans un abîme de plus en plus profond…

Au début du film, Reza injecte à la seringue de l’alcool dans des pastèques qu’il entrepose à l’abri des regards. Du pourrissement du fruit et de la macération, il obtient une boisson (interdite) dont il s’enivre seul à l’abri d’une grotte. C’est la seule incartade de cet « homme intègre » avant qu’il cède aux pressions ; mais il suffit d’une seule concession pour tout gangréner. Il y a quelque chose de pourri, que ce soit au Royaume du Danemark ou dans cette République…

Lien vers l'article complet

Bande à Part
Un homme intègre
par Samuel Douhaire




Reza, modeste éleveur de pois­sons rouges, a quitté Téhéran pour s’installer à la ­campagne avec sa femme, directrice du lycée ­local, et son jeune fils. Bon mari, bon père, il n’a pas d’autre ambition que de vivre des fruits de son travail. En toute tranquillité, et surtout en toute inté­grité. Un pot-de-vin versé à son banquier lui permettrait d’alléger ses det­tes ? Reza préfère payer de lourds agios supplémentaires pour ne pas avoir à secompromettre. Mais sa vie devient un enfer quand la société de distribution d’eau décide de récupérer son terrain. La « Compagnie » fait pression sur le pisciculteur et sa famille. Matériel­le­ment, d’abord. Puis physiquement… Reza résiste et, sûr de son bon droit, ne veut rien céder. Au risque de tout perdre…

L’Iranien Mohammad Rasoulof est, lui aussi, un résistant. Et un cinéaste courageux. Au revoir (2011), son deuxième long métrage, était un réqui­sitoire terrifiant contre la république islamique et ses méthodes de persécution policière — un monde étouf­fant, mortifère, où le seul espoir était la fuite. Les manuscrits ne brûlent pas (pré­senté à Un certain regard, au Festival de Cannes 2013, mais inédit en salles) dénonçait avec force la censure politique et, à travers l’histoire d’un dou­ble complot contre des artistes, la ­volonté d’élimination des créateurs attachés à la liberté d’expression. Le réalisateur, condamné par un tribunal de Téhéran, sait qu’il peut être ­envoyé en prison à tout ­moment (lire ci-contre). Cela ne l’a pas dissuadé de tourner un nouveau brûlot. Un ­impressionnant thriller social, qui se révèle une charge implacable contre la corruption généralisée au pays des mollahs.

Dans Un homme intègre, tout s’a­chète — sous le manteau, de préférence —, tout se négocie : un coup de pouce pour qu’une plainte soit traitée en priorité par le juge ; un certificat ­bidon délivré par un médecin-légiste complaisant… Reza semble le seul à ­refuser ce système de petits arrangements et de passe-droits où tout le monde est complice. Dans une banque, un guichetier demande, en douce, une grosse somme pour assouplir un découvert. Il n’en touchera lui-même qu’une petite part : il faudra, aussi, graisser la patte du responsable de l’agence et ne pas oublier le directeur régional. Quand le beau-frère de Reza glisse quelques billets aux employés du tribunal pour accélérer sa sortie de prison, il les excuserait presque : « Il faut bien qu’ils vivent. Ils n’ont qu’un ­salaire de fonctionnaire… »

Dans ce contexte, les intérêts économiques, le pouvoir politique et les interdits religieux se confondent pour mieux contrôler les citoyens. Et ­exclure tous ceux qui ne rentrent pas dans le rang : les idéalistes comme ­Reza, ou les non-musulmans refusant de renier leur foi (dans une séquence bouleversante, des parents sont expul­sés du cimetière où ils voulaient enterrer leur fille lycé­enne). Désormais, lui explique un de ses amis d’université devenu trader prospère, « ­l’intelligence sociale » con­siste, d’abord, « à raser les murs »…

Comme l’avocate d’Au revoir, Reza ­s’attend toujours à voir débarquer les hommes de main du potentat local pour fouiller ses placards, à la recher­che d’un indice qui pourrait le fragiliser. Le cinéaste entretient, par sa mise en scène chirurgicale, une tension permanente. S’il abusait auparavant des procédés visuels pour exprimer l’enfermement, il est ici d’une sobriété glaçante. Des aboiements au loin dans la nuit suffisent à créer l’angoisse. Le film devient vite un cauchemar éveillé aux images et aux sons traumatisants : vacarme des corbeaux qui planent au-dessus des étangs, maison en flammes au crépuscule… Et le cauchemar est sans fin : dès que Reza pense avoir résolu un problème, il doit faire face à une nouvelle catastrophe, plus dramatique encore. Son beau-frère l’avait prévenu : « Certains apprennent vite, d’autres moins. Certains trop, d’autres pas assez. » Reza, lui, prendra son temps, mais s’endur­cira (le regard de son interprète, Reza Akhlaghirad, impressionnant de colère rentrée, deviendra de plus en plus inquié­tant). A son tour, il ourdira une machination machiavélique…

Et quelle ironie ! Voilà l’homme ­intègre salué, récompensé pour son intransigeance par ce système corrupteur qu’il a tant combattu… et dont il pour­rait, s’il le souhaitait, devenir l’un des rouages interchangeables. Terrible morale, pessimiste et rageuse, de ce grand film.

Lien vers l'article complet

Télérama
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€