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Petit lexique d'accessibilités

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Makala
France | 2017| 1h36
Réalisation : Emmanuel Gras
Avec : Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo
Film en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Ce film est présenté à la 56ème Semaine de la Critique, dans le cadre du Festival de Cannes 2017.

Au Congo, un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.


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Makala
par Thomas Choury




Les premières séquences de Makala interpellent d’emblée : la rusticité du décor – un petit village africain, presque désert, quelques maisons bricolées, une sensation de chaleur étouffante causée par une savane desséchée et l’abondance de poussière – tranche avec la splendeur des images, filmées au Steadicam et traversées par les halos du soleil qui rendent la lumière presque irréelle. Tout se joue dès les premiers instants : la douceur du mouvement de la caméra qui suit le héros Kwabita répond à l’aridité du lieu, la sophistication visuelle renvoie au prosaïsme de l’action filmée, l’élan mythologique qui s’empare du film contrebalance la brutalité du réel qui est représenté. Makala repose entièrement sur une harmonie des contraires que la virtuosité d’Emmanuel Gras parvient à faire vibrer jusqu’à son point d’incandescence. Ouverture saisissante d’une œuvre qui ne cesse de faire croître la puissance qu’elle porte en elle.

Le dernier des hommes
Jamais, cependant, le film ne se départ de sa simplicité. Dans le sillage d’un cinéma documentaire ethnographique, Makala est d’abord un film d’observation qui attache la plus grande importance au moindre geste de son personnage, que celui-ci appartienne au domaine du travail ou au contraire au domaine des rites et de la superstition (les deux tendant à se confondre progressivement). On pourrait le résumer à quelques mots : le quotidien d’un charbonnier pauvre en République Démocratique du Congo, de la fabrication du charbon dans la nature à la vente à la sauvette en ville. Mais c’est donc moins le sujet ténu que la façon dont le montage supporte le récit et retient sa finalité le plus longtemps possible qui importe ici. La décomposition de chaque étape de la préparation du charbon en séquences de durée et d’intensité équivalentes (le choix et la coupe de l’arbre qui servira de matière première, la confection et l’allumage du four en terre pour brûler les morceaux de bois, le tissage des fagots de charbon et l’entassement méthodique sur le vélo qui permettra le transport) et l’assemblage chronologique par blocs structurent le film au présent, donnant l’impression que l’action se crée en même temps que celui-ci est projeté. Le mystère qui entoure la première demi-heure de Makala – jusqu’à la révélation que l’objectif final de cette succession de gestes est la production de ballots de charbon – n’est en rien artificiel. Au contraire, en nourrissant l’attention que l’on porte sur Kwabita, il amorce une double détente : la mise en scène d’Emmanuel Gras humanise son héros jusqu’à intensifier chaque instant de sa vie modeste et sublimer sa technique rudimentaire. Et de cet anoblissement du concret, émane une figure de sainteté.

Deux plans prennent en charge ce passage du monde des hommes vers quelque chose qui les dépasse. Alors que tout le début du film est marqué par la suavité et la proximité du mouvement du Steadicam, la valeur du plan où l’arbre s’effondre sous les coups de hache de Kwabita est plus large, la lumière plus brute, la caméra tressaille comme si c’était le monde entier qui se mettait à trembler. Un simple changement d’échelle inattendu provoque cette sensation démesurée. Ce tellurisme renvoie aussi aux plans sur le four à charbon, semblable à une terre ardente. Plus tard, alors que le périple du héros vers la grande ville a commencé et que la caméra témoigne de la souffrance endurée à pousser, seul, le vélo surchargé de charbon le long des routes ensablées, un simple mouvement vers la droite révèle l’existence de quatre autres hommes, identiques en tout point. Renforcé par les violoncelles du musicien Gaspar Claus, ce plan si bref et si soudain tétanise, comme si à lui seul il figurait un impératif catégorique dont le film s’est investi.

Exorcisme
Cœur du film, cette épopée solitaire sur le bord de la route, de jour comme de nuit, offre des images impressionnantes : celles d’un homme démuni face à l’hostilité du monde dont les manifestations prennent aussi bien la forme de véhicules motorisés plus gros les uns que les autres, roulant à tombeaux ouverts à côté des charbonniers (le son du vrombissement a semble-t-il été augmenté pour souligner encore mieux ces orages mécaniques) ou celle de racketteurs, postés le long du chemin et avides de faire payer le passage au prix fort. Dans ces longues séquences naît un étrange sentiment de malaise et qui interroge directement le regard que l’on porte sur ce Sisyphe moderne : jusqu’à quel point la douleur peut-elle être supportée, quand elle est vécue et quand elle est vue ? La grande force de Makala est de ne jamais céder à la moindre tentation voyeuriste ou suppliciée. Au contraire, chaque pause dans le maigre récit est l’occasion de montrer la grande dignité du personnage principal : en quelques plans dans le foyer domestique au début ou dans l’appartement familial à la ville, la caméra ne pénètre jamais dans les pièces les plus intimes mais Emmanuel Gras saisit des bribes de rêves de Kwabita, le plan d’une future grande maison, les petites chaussures pour sa fille malade…

Par ces allers-retours entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, Makala embrasse presque d’un trait de plume, la filiation d’un esclave moderne du capitalisme mondialisé, dernier maillon d’une chaîne prédatrice, aux héros de nos mythes les plus universels. Lors de l’éblouissante séquence finale – un exorcisme collectif dans une petite maison de prière où se mélangent de façon syncrétique les rythmes traditionnels et les chants religieux – la caméra s’attarde sur chaque visage, un par un, défigurés par la transe. La splendeur de cet épilogue tient aussi à sa construction : alors qu’on pense l’avoir perdu de vue dans cette foule, Kwabita réapparaît dans les derniers instants, au fond de la salle. D’abord timide, il se prend au mouvement et se met à danser jusqu’à l’épuisement. On le voit alors repartir, son vélo déchargé, l’âme apaisée. Le héros est redevenu un homme parmi les siens.

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Critikat
«Makala», charbon incandescent
par Marcos Uzal




Dans ce documentaire lumineux et intense, le réalisateur de «Bovines» filme un travailleur congolais sur le chemin de son labeur.

Makala suit, au sens le plus précis du terme, le travail et le cheminement d’un charbonnier congolais, Kabwita Kasongo, pendant qu’il choisit un arbre, l’abat, le découpe, le transforme en charbon (qui, en swahili, se dit makala) dans un four en terre construit par lui, puis empaquetant ce charbon dans des sacs, les attachant sur un vélo et traînant péniblement ce véhicule surchargé sur cinquante kilomètres jusqu’à arriver à Kolwezi (république démocratique du Congo) pour vendre le fruit de son labeur. C’est l’essentiel de ce que montre ce film aussi patient et obstiné que l’homme auquel il est consacré.

Présence.
Emmanuel Gras fait plus que de documenter une réalité extérieure, il accompagne littéralement Kabwita, adopte sa temporalité, marche sur ses pas, éprouve le monde avec lui, dans un effort conjoint. Puisqu’il est un vrai cinéaste, il sublime cette réalité en révélant sa part d’étrangeté, de grandeur ou même de beauté, et il élève son personnage à hauteur de mythe en faisant résonner la condition humaine en ce seul être, sorte de Sisyphe incarné en un miséreux prolétaire africain. Le film n’a cependant rien de forcé, il n’interprète pas, n’esthétise pas la condition de cette population qui se nourrit parfois de rats, ne double le concret d’aucune lecture allégorique.

Au contraire, sa force est de se contenter de voir et d’entendre, mais avec une disponibilité telle que tout s’offre ici à nous avec une intensité extraordinaire : les humains mais aussi les paysages, les éléments, la lumière. Il n’y a pas un plan où l’on ne sente cette présence fusionnelle du cinéaste et la force agissante de son regard, comme rarement dans un documentaire. Le film est traversé par un lyrisme discret, qui souffle notamment dans les nombreux mouvements de caméra.

Dans la très belle séquence où Kabwita abat l’arbre, les plans s’élèvent et tournoient lentement, comme portés par le vent et guidés par les circonvolutions des branches. Plus tard, des travellings fluides le long des routes découlent comme naturellement de la marche du charbonnier lors de son pénible parcours vers la ville. Et lorsque, de nuit, il entre enfin à Kolwezi, le montage s’accélère dans une accumulation de bruits, de lumières électriques, de visages croisés furtivement. Ce lyrisme vibre aussi dans les violoncelles de la musique composée par Gaspar Claus, qui rappelle parfois celle d’Arvo Pärt utilisée par Gus Van Sant dans Gerry. On pense justement à ce film lorsque le cinéaste (qui revendique cette influence) suit la marche fatiguée de Kabwita dans des paysages secs et sous une chaleur hostile, comme une errance qui nous paraît sans fin.

Prédicateur.
C’est l’une des beautés de Makala que de se tenir toujours aux lisières de la fiction, par la force de ce qu’il enregistre et l’inspiration de sa forme. Ce pourrait être aussi un film néoréaliste, un Voleur de bicyclette contemporain. La dernière séquence est une fin parfaite, que bien des scénaristes pourraient envier. On y retrouve Kabwita dans une église, en compagnie d’hommes et de femmes, sûrement ses semblables (tels ceux qu’il a croisés plus tôt sur une route blanche, portant comme lui un vélo surchargé, alors qu’on le croyait unique). Entraînés par les paroles d’un prédicateur, ils prient et chantent, les yeux fermés, comme en transe, et c’est comme si toute la douleur et la détresse de ce peuple, jusqu’ici contenues dans le silence et l’épuisement de Kabwita, s’exprimaient soudain dans un déchirant exutoire. Puis le jour revient et l’homme reprend la route.

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Libération
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p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,60 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 5,80€ / 12 places : 5€
Tarif - 14ans : 4,50€