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Sicilian Ghost Story
Italie | 2017| 2h02
Réalisation : Fabio Grassadonia, Antonio Piazza
Avec : Julia Jedlikowska, Gaetano Fernandez, Corinne Musallari
Version originale (VO) sous-titrée en français
    .....
  • lundi 25 juin 13:30....
  • mardi 26 juin 17:40
  • Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence.
Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès.


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Fabio Grassadonia & Antonio Piazza – “Sicilian Ghost Story”
par Olivier ROSSIGNOT




Une chouette observe, fièrement perchée dans sa grotte. Avec son regard indéchiffrable, l’oiseau nocturne, qui traversera régulièrement Sicilian Ghost Story, fait office de témoin dont le silence semble contenir tous les secrets. Venue des profondeurs comme du lieu originel, la caméra refait surface, par le fond d’une fontaine vers les humains, découvrant pour la première fois le visage de Giuseppe troublé par l’onde, présage du souvenir nimbé de mystère qu’il laissera. Dès son ouverture, en palpant la terre, la matière, en respirant l’air, Sicilian Ghost Story installe l’énigme du vivant et flirte avec le cosmique. Cultivant des images parfois impénétrables, son univers s’inscrit dans cette frontière poreuse entre le rêve et le réel. Cette première séquence inaugure un leitmotiv de la verticalité, ouvrant sur un vaste réseau sensoriel et symbolique, du silence au bruit, du noir à la lumière, de l’enfermement à l’échappée, de la réalité étouffante à l’évasion dans le songe.

Les faits réels dont s’inspirent les cinéastes sont effrayants et continuent de marquer durablement les esprits. Après l’assassinat du Juge Falcone en 1992, le Mafioso Santino Di Matteo consent à livrer dix-huit noms impliqués dans ce crime. Son fils Guiseppe est enlevé et séquestré par la Cosa Nostra, qui espère ainsi acheter le silence du père. Cette épouvantable affaire est encore vécue comme un traumatisme en Italie. Malgré la véracité de ces événements, pourquoi un titre affirmant d’emblée l’aberration d’une contradiction supposée entre réalité et imaginaire ? Une histoire vraie de fantômes siciliens, donc ? Pour les réalisateurs, le fantôme s’entend dans toutes ses acceptions. Et Sicilian Ghost Story d’évoquer comment ces ombres nous poursuivent, nous construisent et nous laissent des marques indélébiles :
Nous sommes tous deux parlermitains et cette histoire hante nos consciences. Giuseppe est un fantôme qui ravive une douleur commune face à l’abomination qu’il a subie, mais aussi une colère éprouvée contre ce monde qui a permis cette abomination. Un fantôme emprisonné dans une histoire sans rédemption possible. Un fantôme piégé dans l’obscurité de nos consciences. Un fantôme à libérer
Les deux cinéastes se sont méticuleusement documentés et ont lu tous les actes des procès intentés aux ravisseurs durant des années, jusqu’aux témoignages des bourreaux eux-mêmes. Cependant, pour échapper au sordide et faire tendre l’atroce vers le beau, ils préfèrent rendre hommage à ce destin sacrifié par le biais de la fiction, métamorphosant cette tragédie en magnifique histoire d’amour adolescente que rien ne semble ébranler. Elle s’appelle Luna, comme la lune, la lune qui veille, la lune qui incite à rêver, la lune protectrice qui surplombe la terre. Et sa tête est presque aussi ronde que cet unique satellite de la Terre. A peine leurs belles échappées dans la nature entamées, main dans la main, de regards échangés, de baisers timides, Giuseppe disparaît. Luna ne se soumet pas à l’idée que cet amour naissant, la plus belle chose qui soit arrivée dans sa vie dominée par l’ennui, s’évanouisse instantanément. Giuseppe est gravé en elle. Sicilian Ghost Story racontera donc l’amour fou, insensé, indéfectible, contre tous. D’une beauté absolue, d’une pureté qui se refuse à capituler.

Remarquable illustration des tourments de l’adolescence comme seule l’Italie est capable d’en offrir, Sicilian Ghost Story hérite de l’art de capter délicatement les souffrances d’un Luigi Comencini dans L’Incompris. Il opère également dans la continuité de films plus récents comme Io non ho paura (L’été où j’ai grandi) de Gabriele Salvatores qui traitait semblablement cette rébellion contre les adultes et ce fossé d’incompréhension qui se creuse : l’événement traumatique fait définitivement abandonner l’enfance pour grandir vers une adolescence affranchie, une adolescence apprenant le refus absolu de se soumettre au jugement parental, en pleine élaboration de son identité. Et le film se met merveilleusement à la hauteur de ses jeunes protagonistes, ne quittant jamais leur point de vue. Il sait parfois être cruel envers les adultes – la mère guidée par la prudence et l’omerta – comme attendri, avec ce père discret, presque soumis, mais dont la tendresse débordante se ressent à chaque minute. Aussi, le soin apporté aux portraits ne néglige jamais les seconds rôles, en particulier lorsqu’il s’agit de montrer la solidarité et l’amitié féminines. La captation des profondeurs intimes, douce et cruelle, d’Elena Ferrante dans L’Amie prodigieuse se rappelle à nous.

Si Sicilian Ghost Story alterne les points de vue des deux adolescents, il se concentre avant tout sur la perception de son héroïne. Antonio Piazza et Fabio Grassadonia, à travers ses yeux, peuvent à la fois traduire leur propre sentiment d’impuissance, et de combat contre l’indifférence et l’oubli par la création. Sicilian Ghost Story devient alors une œuvre sur la persistance : du passé, de l’amour et quelque part, sur le deuil métamorphosé. Par l’entremise de cette jeune rebelle, les cinéastes abordent la métaphore fantastique, et la catharsis du songe comme une règle de survie et une capacité à affirmer son moi, son aspiration créatrice en quelque sorte. Que peut donc la chimère contre la cruauté, et où se situe sa puissance ? Dans ce désir de rêver la vie pour que s’évanouisse le malheur, pour triompher du réel, flotte l’ombre de Peter Ibbetson de Henry Hathaway, avec ses amants maudits par le destin, cet amour qui survit dans la pensée, et qui se vit dans le déchirement de la séparation définitive. Face à l’inéluctable, que faire, sinon inventer un nouveau langage qui défie la norme et le rationnel ?

Antonio Piazza et Fabio Grassadonia suivent les pas d’autres cinéastes éprouvant la vigueur de l’imaginaire, outil de lutte contre l’horreur de la réalité, de l’Histoire. Ainsi, la petite héroïne du Labyrinthe de Pan de Guillermo de Del Toro fuyait les exactions du franquisme grâce à un monde féerique et cruel. Dans Paperhouse de Bernard Rose, la force des dessins de l’héroïne lui permettait de retravailler le quotidien, de le transformer, de donner l’usage de ses jambes à une personne handicapée. Luna compose également des fresques vertigineuses. Le songe apparaît ici comme l’arme de survie la plus folle : chacun rêve de l’autre au point d’effacer les contours. La musique et la voix plaintive de Soap & Skin en ajoutent à ce romantisme fragile à l’atmosphère presque gothique.
Alors, qu’en est-il vraiment de la nature impalpable annoncée par « ghost story » ? Il ne s’agit pas de faire apparaître brusquement l’élément fantastique mais de dévoiler une autre dimension du réel, un autre visage, comme s’il suffisait de tendre l’oreille pour percevoir son appel à l’intérieur des souches ou des ruisseaux. En cela, Sicilian Ghost Story évoque les envolées immatérielles de Julio Medem et telle l’osmose élémentaire de ses Amants du cercle polaire. Dans un esprit plus panthéiste que surnaturel, tout y coexiste naturellement, les pulsations de la terre et les battements de cœur de deux amoureux.

Poursuivant ouvertement une certaine tradition maniériste du cinéma italien qui donne une étrangeté au réel, comme Saverio Costanzo l’avait si bien fait avec La Solitude des nombres premiers, les réalisateurs affirment leurs partis pris de mise en scène et une esthétique radicale, jetant un voile énigmatique sur leurs plans, distordant le son, comme pour initier au mystère des ténèbres, à une respiration souterraine ou aquatique. Le grand angle épouse la perception faussée, perdue, du vertige provoqué par la disparition, modifiant totalement l’appréhension de l’environnement de la jeune fille. Sicilian Ghost Story scrutera plus vers les soubassements, l’obscurité, les profondeurs que vers la clarté du ciel, mais il se penchera malgré tout sur la possibilité des horizons radieux et du retour à la lumière.
Certes les cinéastes n’évitent pas quelques afféteries, dans leur symbolisme visuel et sonore, plongeant furieusement dans l’allégorie plutôt que la suggérant. Mais saisir la beauté du sentiment tout en évoquant l’appartenance de l’humain à la terre, avant qu’il lui soit rendu, est un défi ambitieux. Toute la singularité du film tient justement à cette hyper visibilité pour traduire l’invisible. Antonio Piazza et Fabio Grassadonia retranscrivent par l’image une mystique du monde : la terre et ses murmures, la nature, l’au-delà qui attend.

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Culturopoing
Sicilian Ghost Story - la critique du film
par Gérard Crespo




Inspiré d’un tragique fait divers en relation avec la mafia, ce film envoûtant croise avec bonheur polar et teen movie, réalisme et onirisme.
Notre avis : Fabio Grassadonia et Antonio Piazza avaient été révélés à la Semaine de la Critique 2013 avec Salvo, Grand Prix Nespresso et Prix Révélation France 4. Ce premier long métrage qui se présentait sous la forme d’un polar distancié autour de la mafia avait divisé la critique, « huis-clos mutique […] autour d’un enfermement assez interminable » selon Marie-Jo Astic, mais « véritable tragédie, voulue comme radicale dans sa forme » d’après Frédéric Mignard. Le second opus des deux cinéastes confirme en tout cas l’ambition de leur démarche, au-delà des modes et des codes. Le film est inspiré d’un fait divers sordide ayant secoué la Sicile dans les années 90 : Giuseppe Di Matteo, le fils adolescent d’un mafieux repenti, était enlevé par des hommes déguisés en policiers, et agissant au nom d’un parrain persuadé que ce rapt finira par mettre fin aux témoignages recueillis contre lui. Mais le film n’est pas vraiment la reconstitution d’une tragédie qui avait marqué les deux réalisateurs pendant leur adolescence. On ne saurait donc qualifier le métrage d’évocation historique et politique, comme le furent Buongiorno, notte de Marco Bellochio (sur l’enlèvement d’Aldo Moro) ou, plus récemment, Après la guerre d’Annarita Zambrano.

On ne peut pas non plus l’apparenter au seul genre du polar, la trame criminelle étant somme toute à pleine explorée dans le scénario. L’audace des deux cinéastes est d’avoir joué la carte d’une histoire d’amour entre deux tourtereaux (contrariée par l’enlèvement de Giuseppe dès le début de l’idylle), puis de faire glisser le récit sur la pente de l’onirisme, à la frontière du fantastique. On peut dès lors interpréter le comportement fantasque et obsessionnel de la jeune Luna à la lumière de deux perceptions. D’un côté, en proie à des hallucinations consécutives à son choc affectif, elle s’imagine être en mesure de toujours voir son amoureux par le biais des profondeurs d’un lac, ce qui lui vaudra un séjour psychiatrique cautionné par un père aimant mais dépassé et une mère psychorigide (merveilleux Vicenzo Amato et Sabine Timeteo). Cela est valable aussi pour Giuseppe, prisonnier et désespéré, mais qui reste en vie par ces visions troubles dues à sa défaillance physique et psychique. Mais en même temps, il est permis de déceler dans ces séquences irrationnelles une tonalité ouvertement surréaliste, au-delà du simple rêve concomitant de deux amoureux éloignés : si la jeune fille mise sur le retour d’un jeune captif qui trouve dans ces pensées un dérivatif aux mauvais traitements que lui font subir ses géôliers, il faut peut-être explorer davantage les apparences : la passion qui unit Luna et Giuseppe rend plausible l’existence d’un monde parallèle.

Et l’un des mérites de Grassadonia et Piazza est de laisser le spectateur maître de l’interprétation de la narration, le passage du réel au virtuel suscitant un vertige analogue à celui procuré par Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwaher. C’est ce qui a fait dire aux deux auteurs : « Cette histoire bascule continuellement entre deux niveaux : celui de la réalité, la vérité anthropologique et historique des faits, et celui du fantastique qui, dans la relation obstinée entre les deux protagonistes, dévoile la possibilité du miracle de l’amour qui transcende la mort et sauve leur humanité ». Plus qu’à un Roméo et Juliette en territoire mafieux, Sicilian Ghost Story rejoint donc plutôt les poèmes cinématographiques axés sur la thématique de l’amour au-delà de la mort, de Peter Ibbetson de Henry Hathaway à Orphée de Jean Cocteau. Et les deux très jeunes interprètes dotés à la fois de charisme et de tempérament dramatique ne sont pas pour rien dans la réussite du film. On pardonnera alors quelques maladresses stylistiques, comme ce dénouement à rallonge un brin tarabiscoté et excessivement symbolique. Car cette œuvre insolite qui frappe par sa rigueur et sa cohérence confirme la singularité de deux réalisateurs à suivre.

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