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Heureux comme Lazzaro
Italie | 2018| 2h07
Réalisation : Alice Rohrwacher
Avec : Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Nicoletta Braschi
Version originale (italien) sous-titrée en français
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  • mercredi 12 décembre 14:15....
  • jeudi 13 décembre 14:15....
  • samedi 15 décembre 13:30....
  • dimanche 16 décembre 13:15....
  • lundi 17 décembre 14:15....
  • mardi 18 décembre 14:15
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Lazzaro, un jeune paysan d’une bonté exceptionnelle vit à l’Inviolata, un hameau resté à l’écart du monde sur lequel règne la marquise Alfonsina de Luna.
La vie des paysans est inchangée depuis toujours, ils sont exploités, et à leur tour, ils abusent de la bonté de Lazzaro.
Un été, il se lie d’amitié avec Tancredi, le fils de la marquise. Une amitié si précieuse qu’elle lui fera traverser le temps et mènera Lazzaro au monde moderne.


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Heureux comme Lazzaro - la critique du film
par Gérard Crespo




Un petit bijou de déconstruction narrative qui confirme la cohérence du cinéma d’Alice Rohrwacher.

Notre avis : Après Les Merveilles, chronique d’une famille italienne en Ombrie, Alice Rohrwacher poursuit dans la même voie et enrichit sa palette. Heureux comme Lazzaro démarre comme un récit rural marqué par l’opposition entre une famille d’agriculteurs pauvres et une aristocrate, propriétaire terrienne les exploitant avec des méthodes dignes du système féodal. Le rapport de classes qui s’ensuit fait songer à L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi, dont l’action se situait au début du XXe siècle. Mais le sort réservé aux paysans dans le scénario d’Alice Rohrwacher est encore plus plus terrifiant, car le film sème des indices (le téléphone mobile) qui certifient que l’action se déroule bien de nos jours. Non seulement cette petite communauté ne semble pas toujours rémunérée, mais ses membres doivent des dettes à leur employeur et subissent au quotidien humiliations et mépris. Dans ce monde de brutes isolé du reste du pays sur les plans géographique et culturel, deux adolescents vont ébaucher une amitié : Tancredi, le fils de la marquise, dépasse ses airs d’enfant de bourgeois pour adopter une attitude rebelle à l’égard de sa mère ; Lazzaro quant à lui est l’un des fils de la famille paysanne : doux, taciturne et quelque peu hagard, il incarne la bonté même et cherche à satisfaire à la fois son jeune maître et sa famille envers laquelle il se comporte comme un membre idéal, travailleur et honnête.

Le film bifurque soudainement dans sa seconde partie suite à un malencontreux accident dont sera victime Lazzaro. L’œuvre bouscule alors avec subtilité le confort narratif que semblait installer le début du métrage. Sans aller jusqu’au vertigineux jeu de miroirs de Mullholand Dr. de David Lynch, Heureux comme Lazzaro déconcerte dans le sens où le spectateur doit utiliser son aptitude à distinguer la réalité du rêve, un décor urbain et des habitants de bidonville se substituant aux paysages ruraux, et une dimension fantastique (ou religieuse ?) s’inscrustant dans ce qui est aussi une dénonciation des flagrantes inégalités sociales en Italie. Et si Alice Rohrwacher arrive tant à nous subjuguer, c’est qu’elle mêle des éléments d’explication rationnelle (un scandale judiciaire lié à une affaire d’escroquerie et d’esclavage moderne) à une veine mystique et ésotérique. « Nous avons voulu représenter le conte de fées avec toutes ses incohérences, ses mystères, ses retours extraordinaires », a déclaré la réalisatrice au Film Français, en précisant que « c’est de la vie que naissent les symboles, d’une manière tellement profonde et détaillée qu’ils deviennent la vie de tous, d’un pays, l’Italie dans sa transformation ».

Le film d’Alice Rohrwacher n’est pas exempt de références à des jalons du cinéma italien : Tancredi (dont le prénom est celui d’Alain Delon dans Le Guépard) est aussi cet ange blond qui suscitera la même perturbation que celle exercée par Terence Stamp dans Théorème. Et l’amitié entre le riche héritier et le fils de paysans n’est pas sans faire écho à la relation entre Robert De Niro et Gérard Depardieu dans 1900. Il n’empêche que Heureux comme Lazzaro a sa singularité et confirme le talent d’une réalisatrice qui refuse de se conformer à un genre ou d’appartenir à une chapelle d’auteurs. Ajoutons que le film doit aussi beaucoup à sa troupe d’acteurs dont Nicoletta Braschi (muse et épouse de Roberto Benigni), Alba Rohrwacher (sœur de la réalisatrice), et le jeune Adriano Tardiolo, dont le magnétisme irradie l’écran. On aura compris que l’œuvre vaut plus que le détour. Il s’agit en fait de l’un des films les plus stimulants de la compétition officielle cannoise.



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AvoirAlire
« Heureux comme Lazzaro », le pouvoir de la bonté
par Céline Rouden




Prix du scénario au Festival de Cannes 2018, cette fable symboliste de l’Italienne Alice Rohrwacher est un film mystérieux et envoûtant sur les désillusions du monde contemporain.


À l’Inviolata, vaste propriété de l’Italie rurale sur laquelle règne l’étrange et excentrique marquise Alfonsina de Luna, la vie semble immuable, comme éternellement figée dans le temps. Quelques indices, semés çà et là, laissent penser que nous sommes dans les années 1980, mais les paysans qui y cultivent le tabac vivent, eux, comme il y a une centaine d’années. On y chante la sérénade pour conquérir le cœur des filles, on s’entasse dans des pièces sans électricité, on bénit la moissonneuse-batteuse avant les foins et on doit rendre des comptes, le plus souvent débiteurs, à l’intraitable régisseur.

À la faveur d’une inondation qui a isolé le village en détruisant le seul pont franchissant la rivière, ces paysans pauvres sont restés sans le savoir à l’écart du progrès et du monde contemporain. La propriétaire en a profité pour maintenir un système de métayage depuis longtemps aboli. Sont-ils pour autant malheureux, ces hommes et ces femmes, dans l’ignorance de leur statut et des progrès de la civilisation ?

Une traversée de l’espace-temps « Les libérer, c’est leur faire prendre conscience de leur esclavage », explique avec cynisme la marquise à son fils qui s’interroge sur cette situation pour le moins absurde. Mais Tancredi (comme le Tancrède du Guépard), se rebelle. Il se lie d’amitié avec le jeune Lazzaro, paysan simplet qui promène sur le monde de grands yeux éternellement émerveillés, et se sert de sa naïveté pour inventer un stratagème qui fera voler en éclats « la grande escroquerie » de la marquise.

Par un pur artifice de cinéma, la réalisatrice italienne nous fait traverser l’espace et le temps, et retrouver Lazzaro de nos jours dans une ville grise et polluée à la recherche de ses anciens amis tombés dans une indignité plus grande encore et dont seule sa candeur pourra les sauver. La métaphore pourrait sembler grossière sans la poésie et la délicatesse de la cinéaste qui démontre, après Les Merveilles, Grand Prix du Festival de Cannes 2014, un talent singulier.

On plonge dans le regard incroyablement céleste de Lazzaro (magnifiquement interprété par le comédien Adriano Tardiolo), symbole de l’innocence perdue, pour cheminer avec lui à travers les époques dans ce conte moral, empreint de douceur et de mysticisme, et nous faire nous interroger sur l’absence de sens d’une époque qui a perdu le contact avec la nature.

« La sainteté sans miracles ni effets spéciaux »

« C’est l’histoire d’une élévation à la sainteté, sans miracles, ni pouvoirs, ni même superpouvoirs et surtout sans aucuns effets spéciaux. Simplement par le fait d’être au monde, en ayant foi envers les êtres humains et sans jamais penser à mal. Le film évoque la bonté comme concept et règle de vie », explique la réalisatrice.

Avec sa forme si particulière et ses images légèrement surannées – le film a été tourné en pellicule et avec une caméra Super 16 – la réalisatrice donne à son film un dépouillement et une austérité qui colle à son sujet tout en renouant avec l’âge d’or du cinéma italien auquel elle rend hommage, dans ce diptyque, oscillant entre le néoréalisme d’un Vittorio De Sica et la féerie drolatique d’un Fellini.

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La Croix
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