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Petit lexique d'accessibilités

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Prochainement

3 visages
Iran | 2018| 1h12
Réalisation : Jafar Panahi
Avec :
Version originale (VO) sous-titrée en français
    .....
  • lundi 25 juin 13:3015:4517:4519:5022:10
  • mardi 26 juin 13:3015:4517:4519:5022:10
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2018

Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice... Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.


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Trois Visages :Temps incertains
par Michel Cieutat




Trois époques : l’une interdite, l’autre empreinte de doute, la troisième, manipulée.
Neuvième réalisation de Jafar Panahi, le cinéaste le plus pestiféré de la République islamique d’Iran, Trois Visages s’est vu décerner le Prix du scénario par le Jury du 71e Festival de Cannes. Prix amplement mérité, car son auteur, le cinéaste lui-même, malgré ses précédentes condamnations en 2009 et 2010 (pour avoir assisté à la cérémonie en mémoire d’une jeune femme tuée lors des manifestations qui ont suivi la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad) et l’interdiction répétée de ses films dans son pays (Le Cercle, 1997 ; Sang et Or, 2003 ; Hors jeu, 2006), persiste et signe en réalisant ce nouveau pamphlet, visant cette fois le conservatisme sous toutes ses formes d’aliénation. Après avoir dénoncé les conditions de vie de la femme iranienne dans Le Cercle et Hors jeu, les inégalités sociales dans Sang et Or (déjà abordées dans son premier et très beau film, Le Ballon blanc, 1995), l’absence totale de liberté d’expression dans Ceci n’est pas un film (où, assigné à résidence, il imagine un film construit autour d’un tapis, 2011), il s’en prend ici à la paralysie de la classe paysanne, prisonnière de son respect aveugle des diverses traditions ancestrales.

Le scénario de Trois Visages est né à la vue, sur Instagram, d’un message de quelqu’un sollicitant l’aide du réalisateur pour pénétrer le milieu du cinéma à Téhéran, alors qu’au même moment les journaux parlaient d’une jeune fille qui s’était suicidée parce qu’on lui interdisait d’apparaître dans des films. Panahi imagina alors une intrigue où trois femmes, appartenant à trois générations, représenteraient les trois temps de toute histoire nationale. L’une renverrait au passé glorieux du pays, aujourd’hui dénoncé (incarné dans le film par la voix de l’ancienne grande vedette Shahrzad, icône d’un certain érotisme chanté et dansé, qui récite un poème sans être montrée, étant interdite de tournage depuis la révolution de 1979). La deuxième symboliserait le présent empreint de doute (jouée par l’actrice iranienne Behnaz Jafari, très populaire sur le grand écran – Le Tableau noir de Samire Makhmalbaf, 2000 – comme sur le petit, où elle apparaît dans de nombreuses séries télévisées, et qui accompagne Panahi, tous deux en route pour vérifier si ce qui figure sur la vidéo est bien réel ou s’il s’agit d’une manipulation). Et la troisième incarnerait le futur iranien sévèrement entravé (signifié par la jeune Marziyeh Rezaei – remarquée dans la rue par Panahi – qui a envoyé la vidéo à l’actrice la montrant se pendre à un arbre, après le refus des siens de la laisser vivre sa vocation d’actrice).

Très bien construit, interprété avec une justesse d’expression impressionnante tant par les deux professionnels que par tous les amateurs, réalisé avec un sens du tempo très prenant, le film interpelle le spectateur de bout en bout, lui demandant de comprendre – de l’intérieur – le comportement primitif des habitants d’une région de l’Iran, ces villages du Nord-Ouest où l’on parle la langue turque azérie (que pratique Panahi). On en sort quelque peu pantois en ne pouvant imaginer quel avenir est réservé aux régions de ce pays au si riche passé, pour longtemps paralysé par sa vénération des croyances et coutumes d’un autre âge. Un blocage dont Jafar Panahi continue de faire les frais, même s’il est maintenant autorisé à faire des films, tout en étant interdit de les présenter à l’étranger, malgré ses multiples récompenses obtenues à Cannes (Caméra d’or pour Le Ballon blanc en 1995 ; Prix du Jury d’Un Certain Regard pour Sang et Or en 2003), Locarno (Léopard d’or pour Le Miroir en 1997), Venise (Lion d’or et le prix FIPRESCI pour Le Cercle en 2000), Berlin (Ours d’argent du meilleur réalisateur pour Hors jeu en 2006 ; ce même Ours d’argent du meilleur scénario pour Closed Curtain en 2013, et l’Ours d’or et le FIPRESCI, en 2015, pour Taxi Téhéran). Qui dit mieux en Iran ? Son maître Abbas Kiarostami, dont il fut l’assistant (Au travers des oliviers, 1994) et qui cosigna le scénario du Ballon blanc. Qu’on se le dise en haut lieu à Téhéran !

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Bande à Part
Les ombres iraniennes
par Thomas Choury




Certes, Trois Visages est un hommage à Abbas Kiarostami, tant le film regorge de citations explicites des films du maître de la Nouvelle Vague iranienne, disparu l’an passé – ceci, jusqu’à l’ultime plan, bouleversant à tous les niveaux de lectures. Certes, Trois Visages est une construction cinématographique ingénieuse qui met en abyme la situation judiciaire et politique de son auteur – interdit de réaliser et de quitter le territoire iranien depuis 2010 – dans un habile scénario enchâssé. Mais, on ne saurait honnêtement résumer le nouveau long-métrage de Jafar Panahi uniquement par ces deux aspects, tant celui-ci trouve sa propre identité. Loin d’être un film « à la manière de », il porte la signature esthétique de son réalisateur où l’aspect théorique est dilué dans une plus grande virulence politique et un fin trait d’humour qui vient délester la structure réflexive commune, à la croisée des chemins entre une fausse mise en scène du réel et une fiction enracinée dans l’observation documentaire. De même, l’accusation de narcissisme est battue en brèche par la composition même des plans, qui témoigne d’une modestie rusée : s’il interprète son propre rôle, le réalisateur semble être un spectateur privilégié de son propre travail, toujours en retrait dans le plan. Sa présence bienveillante en arrière-plan le destine à un rôle de passeur, intervenant parfois pour fluidifier les confrontations, s’effaçant souvent pour laisser l’initiative des actions et des dialogues à ses comédiens – au détour d’un cadre malicieux, on le voit disparaître de l’écran à mesure qu’il baisse le siège de sa voiture afin d’y passer la nuit.

En remportant l’Ours d’or en 2015 avec Taxi Téhéran, Panahi avait insufflé une dose supplémentaire de légèreté dans sa galerie de personnages de la capitale iranienne, ouvrant d’une main son cinéma à un public plus large, diminuant de l’autre la force politique de son regard. La séquence qui démarre Trois Visages, par sa saisissante radicalité, inverse de nouveau la tendance : captée avec un téléphone portable – dont le format vertical a été conservé – on voit une adolescente mettre en scène son suicide par pendaison et asséner ses derniers mots à l’actrice Behnaz Jafari, lui reprochant de ne pas l’avoir soutenue lorsque ses parents lui ont interdit l’accès au Conservatoire. S’il commence donc par une explosion, le film est une longue et belle retombée, divisée en deux temps (d’abord une quête de l’authenticité de ces images puis, une fois celle-ci révélée, l’observation des conditions sociales dans lesquelles elles ont pu être produites). Cette rupture de ton fait la réussite de Trois Visages : Panahi se désintéresse du film-choc pour lui préférer une chronique pittoresque dont la gravité des constats (archaïsme, étau religieux et patriarcal) se pare de fantaisie (des testicules taurins divinatoires au prépuce récemment circoncis en guise de porte-bonheur). L’aspect cartoonesque est un leurre pour le réalisateur qui l’utilise comme un voile pudique et joyeux, la vraie blessure se trouve derrière et on ne peut en apercevoir que l’ombre portée.

Celle-ci prend la forme d’une danse au détour d’un plan : trois femmes – les trois « visages » du titre, Behnaz Jafari, l’actrice principale, Marziyeh Rezaei, l’actrice aspirante et l’invisible Shahrzad, actrice adulée antan puis oubliée, mise au ban après la Révolution islamique par une interdiction de travail – se rejoignent et laissent aller leurs corps dont on ne pourra apercevoir que les silhouettes, filmées derrière le rideau d’une fenêtre. Trois générations réunies ou une même femme, à trois âges différents ? Cette scène épiphanique qui advient à la fin du film tient sa beauté de son synthétisme : ici, toutes les dimensions de Trois Visages semblent concourir, de la confusion des régimes fictionnels et réels à la mise en question de la condition féminine, recluse et empêchée. Et à ce moment-là, dans un ultime effacement, le personnage joué par Panahi lui-même dort profondément.

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Critikat
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€