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Sibel
Turquie | 2019| 1h35
Réalisation : Guillaume Giovanetti, Çağla Zencirci
Avec : Damla Sönmez, Emin Gürsoy, Erkan Kolçak Köstendil
Version originale (VO) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Sibel est muette mais communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les autres habitants, elle traque sans relâche un loup qui rôderait dans la forêt voisine, objet de fantasmes et de craintes des femmes du village. C’est là que sa route croise un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.

Sibel
par Guillemette Odicino




L’émancipation d’une jeune muette face à l’intolérance de son village isolé. L’actrice Damla Sönmez, déjà star en Turquie, illumine ce conte politique.

Premier plan sur ses yeux si verts, si ouverts, en alerte : une jeune femme guette dans la forêt avec son fusil, puis se met à courir à perdre haleine jusqu’à une cabane, où elle dispose des entrailles animales dans une fosse. Sibel semble préparer un piège (pour qui, pourquoi ?), puis elle retourne travailler dans les champs, parmi d’autres femmes aux foulards bigarrés, qui sifflent pour se donner des nouvelles d’une plantation à l’autre, car « ici ça ne capte pas »…

A Kusköy, un petit village turc perdu dans une vallée proche de la mer Noire, tout le monde « parle » une langue sifflée inventée il y a des siècles pour s’entendre par-delà les reliefs. Pas d’autre choix que ce langage ­volatile, en revanche, pour la si belle Sibel, puisqu’elle est muette. La fière aînée du maire, rejetée en raison de son handicap, cherche à s’intégrer en tuant un loup, qui hante les villageois. Mais, un jour, c’est un homme traqué, blessé, qu’elle rencontre, sauve et cache. Car Sibel ne craint pas non plus ce « loup »-là…

Quel film captivant ! Venu du documentaire, le couple franco-turc Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti a su impliquer la population dans un conte forestier qui prend, de plus en plus violemment, les contours d’un suspense politique sur le courage obstiné d’une jeune femme, et son émancipation — sociale, sexuelle — dans une société patriarcale. Où la toxicité suprême est de rendre les femmes agressives entre elles, tant elles sont déchirées entre la fierté d’être données en mariage et leur instinct caché d’indépendance.

Le mouvement du film est cons­tant : les réalisateurs s’arriment à leur héroïne, quand elle rejoint l’homme, le déserteur, dans cette forêt qu’elle connaît comme sa poche. Ou lorsqu’elle marche, le menton insolemment levé, dans les rues du village, où tout le monde chuchote sur son passage. Jusqu’à la maison familiale, où elle remplit les tâches domestiques pour son père, veuf et écartelé entre son statut traditionnel et son amour filial — cette figure masculine, naturellement libérale, est magnifique. Cœur haletant d’une mise en scène où la nature et les couleurs éclatent de toutes parts, Sibel avance, le visage tour à tour terreux et barré de rouge à lèvres hâtivement effacé, qui laisse sur sa joue comme une peinture de guerre. Dans le rôle, Damla Sönmez, déjà star en son pays, et qui a mis six mois à apprendre la langue sifflée, est renversante : la plus belle des héroïnes pour faire entendre, très loin, le mot « liberté ».

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Télérama
Sibel - La tête haute
par Olivier Pélisson




Un petit bijou né dans un village isolé de Turquie. Une fable progressiste. Un périple vivifiant. Et la confirmation d’un sacré univers à deux têtes, celles de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti !

Si belle Sibel. Beauté farouche, magnétisme dingue, dus en premier lieu à l’actrice Damla Sönmez, trentenaire vedette turque de cinéma et de télévision, remarquée en festivals internationaux avec le drame Bornova Bornova d’Inan Temelkuran (2009) et la chronique romantique Across The Sea de Nisan Dag et Esra Saydam (2014), inédits en France. Ce film devrait élargir sa renommée et sa reconnaissance. Elle donne corps et vie à un personnage qui siffle pour tout dialogue, langue de la véritable bourgade qui sert de décor. Un être finement dessiné par le duo Çagla Zencirci-Guillaume Giovanetti, couple franco-turc dont c’est le troisième long-métrage, après Noor (2014) et Ningen (2015), ce dernier tourné au Japon. L’immersion fait partie intégrante de leur processus de création.

Ici, un portrait de femme, d’un village, d’un monde. Un univers où les êtres subissent puissamment la suprématie du patriarcat, du qu’en-dira-t-on, et de la jalousie féminine, justement quand la singularité est trop voyante. Car l’héroïne titre est muette. Un handicap qui la sauve depuis l’enfance du déterminisme des filles, promises au mariage vite fait bien fait. Mais son affirmation de donzelle de vingt-cinq ans dérange soudain quand elle porte secours à un homme, inconnu du coin. Elle voit enfin le loup, elle qui traque justement la bête homonyme, annoncée menaçante dans les environs, pour marquer son action et gagner en respectabilité.

Le regard des cinéastes sur ces terres de la mer Noire, au nord-est de la Turquie, est rempli d’une bienveillance sans chichis, née de leur expérience documentaire. Privilégier l’authenticité pour mieux créer de la fiction. Mélanger des interprètes professionnels à des partenaires sans expérience. Suivre une comédienne en lui collant au souffle, au corps, au geste. Récompensé à Locarno, Hambourg, Montpellier, et par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma aux Rencontres Cinématographiques de Cannes, cette épopée sur la témérité brille par son esprit vif. Par son ampleur humaine. Un jaillissement lumineux dans cette fin d’hiver.

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Bande à Part
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€