Vite, une toile!.. aujourd'hui...

Informations

Abonnez-vous !!!

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre d'information du Club

Prochainement

Gran Torino
USA | 2009| 1h56
Réalisation : Clint Eastwood
Avec : Clint Eastwood, Bee Vang, Geraldine Hughes
Version originale (anglais) sous-titrée en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Vétéran de la Guerre de Corée quelque peu raciste, Walt Kowalski reprend les armes pour ramener l'ordre dans son quartier, tandis qu'un gang menace la famille Hmong qui habite à côté de chez lui...


Imprimer la fiche film

EVENEMENT :
Ciné-Débat : GRAN TORINO
Date de l'événement : 2018-12-14
Le site officiel
par



http://www.thegrantorino.com/


La critique de Télérama
par Louis Guichard

La rumeur annonçait un film rance, déterrant le Clint East­wood de L'Inspecteur Harry pour un dernier « nettoyage » à sa manière virile. Intox. Si Gran Torino cite implicitement le justicier des années 70, c'est plutôt pour le trahir, en le rédimant. Par ailleurs, c'est un film nettement plus vivant, plus ouvert sur le monde et plus incarné que L'Echange, sorti cet automne. Et aussi plus modeste que Million Dollar Baby ou Mystic River, qui postulaient au statut de grand classique. La première heure tient presque de la comédie - grinçante. Eastwood surjoue le vieux réac veuf et raciste, retraité des usines Ford, coincé dans la banlieue de Detroit entre des voisins qui ne sont plus ceux, bien blancs, d'autrefois, mais des immigrés asiatiques. Une bière à la main, un oeil sur sa Gran Torino (un modèle Ford, bien entendu) surastiquée, l'homme ne fait même pas semblant d'être civilisé : il gronde littéralement comme un clébard au moindre pas « étranger » sur sa pelouse. Et claque la porte au nez du curé qui veut à tout prix sauver son âme. Clint en quasi-bouffon, on n'avait jamais vu ça : une révélation tardive, à presque 80 ans. Le contraste, très payant, entre le vieil Américain enraciné, vétéran de la guerre de Corée, et ses voisins venus d'ailleurs culmine après le premier virage au noir du récit. Parce qu'il a sorti une arme pour mettre fin à une rixe, le sale bonhomme est soudain considéré comme un demi-dieu par la famille asiatique d'à côté, et, du coup, couvert de cadeaux. Un vrai happening burlesque. Sur une note plus sub­tile, l'invitation du « héros malgré lui » à une célébration familiale par les mêmes voisins donne lieu à une grande scène de lâcher prise, où le papy raciste, passablement ivre, erre dans la maison en fête, surpris d'être autant à son aise. La suite est plus volontariste : les règlements de comptes entre bandes n'en restent pas là, et Clint non plus. D'autant qu'il se prend d'affection (bourrue, cela va sans dire) pour un ado « face de citron », comme il dit. Ce qui transcende alors la mécanique d'un scénario un peu prévisible, c'est le soin émouvant avec lequel East­wood peaufine sa statue, son legs. Moins de narcissisme (un peu encore quand même) et davantage de souci du monde après lui... Le personnage est hanté par sa fin prochaine, et le cinéaste semble désormais tourner comme si sa filmographie risquait d'en rester là. Moment éloquent où le vieil homme fait retaper à son petit protégé une vieille baraque et lui enseigne ainsi le goût du travail, de l'action, du « faire » pour le « faire ». C'est bien l'héritage d'Eastwood lui-même, qui, sur les traces des grands pionniers de Hollywood, a un jour formulé ainsi sa devise : « Je le fais, c'est tout. » Louis Guichard

telerama.fr
La critique de Libération
par Bruno Icher

Il y a deux joujoux extra dans le film de Clint Eastwood. Le premier a inspiré le titre car, comme plus personne ne l’ignore grâce à la robuste campa gne de promotion, Gran Torino est le terme viril qui désigne une puissante voiture chromée sortie des chaînes de Ford en 1972. C’est-à-dire avant le premier choc pétrolier, avant le calamiteux épilogue du Vietnam, avant le Watergate, avant les Bush père et fils et, pas du tout accessoirement, la voiture de fonction des flics marrants Starsky et Hutch, héros éponymes du feuilleton télé. Bref, l’époque où le made in USA rimait avec excellence. L’autre objet précieux, c’est évidemment Clint Eastwood lui-même. A presque 80 ans au compteur, il incarne lui aussi, en version mâle caucasien, ce que l’Amérique peut produire de meilleur. Cinéaste prolixe à une moyenne de dix films par décennie, il reste en outre une icône plus que présentable avec carrure de fer sous le ­tee-shirt moulant, chuintement rauque dans la voix et regard d’une sévérité à redresser un bossu. Le jeu consiste ici à s’amuser avec cette mythologie populaire en posant en préalable que les deux objets de collection n’ont plus leur place dans la société et encore moins dans la rue. Ni la bagnole rutilante, parce qu’elle excite la convoitise des voyous qui ont pris possession de la ville (Detroit, cité déchue de l’industrie automobile autrefois prospère), ni son propriétaire, Walt Kowalski, ancien ouvrier de cette même industrie, vétéran de la guerre de Corée (1950-1953 pour nos jeunes lecteurs), claquemuré dans son pavillon de banlieue. A part un prêtre qui s’incruste chez lui pour sauver son âme, son coiffeur et deux poivrots, il ne voit personne, pas même ses propres enfants, fatigués de son intolérance obscène, de sa perpétuelle mauvaise humeur et de son racisme outrancier. Par une sorte d’obstination bravache, le vieux bonhomme reste dans sa bicoque comme s’il s’agissait d’un fort Alamo au cœur d’un territoire ennemi, en l’occurrence la communauté hmong qui a trouvé refuge dans ce coin oublié de tous. Ces « rats des marais », comme les injurie quotidiennement Eastwood-Kowalski, sont aux Etats-Unis ce que les harkis sont à la France. Ce peuple qui vit dans les collines du nord du Vietnam, à cheval sur la frontière du Laos et de la Chine, a combattu, parfois de force, aux côtés des Français pendant la guerre d’Indochine puis aux côtés des Américains jusqu’à la chute du Vietnam. Depuis trente ans, persécutés par tous les Etats d’Asie d’où ils sont originaires, les Hmong s’expatrient partout où on les accepte, aux Etats-Unis mais aussi en France, notamment en Guyane. Evidemment, la vieille ganache ne peut pas les sentir mais, grâce à l’affection naissante qu’il éprouve pour un jeune Hmong persécuté par les gangs, les choses vont changer. Clint Eastwood en salopard xénophobe, et finalement pas si fier de l’être, est un point de départ astucieux à défaut d’être révolutionnaire. Le réalisateur joue ici sur les deux tableaux de sa propre mythologie, s’inscrivant dans la continuité d’un patrimoine populaire qui ravive chez certains de bons souvenirs (Un shérif à New York, par exemple) mais réconforte aussi ceux qui sont convaincus que l’individu violent et infréquentable, c’est l’acteur et pas le cinéaste. Gran Torino, en exercice à la Jekyll et Hyde, confirme cette dualité pour laquelle Eastwood s’est construit le plus antipathique et le plus méprisable personnage de sa longue carrière afin de mieux le conduire sur la voie de la rédemption. Un rachat plein de tolérance et de fraternité, qui passe par la case religieuse et politiquement correcte, mais qui perd au passage un peu de son pouvoir de séduction, fut-il sulfureux. Car, s’il ne fait aucun doute dès les premiers instants du film que le vieux va reprendre du service et exhumer sa vieille pétoire bien huilée pour remettre de l’ordre dans tout ça, Eastwood ne laisse aucune prise à l’ambiguïté réac qui collait à ces précédents rôles dans ce registre. En dépit des apparences, Walt Kowalski est un brave type que la guerre, la vie, la crise et les désillusions ont rendu mauvais. Il y a même quelque chose de l’ordre du testament dans Gran Torino. Comme une occasion en or de refaire l’histoire et d’en finir avec ces flics chatouilleux de la gâchette, ces militaires rigides et patriotes jusqu’à l’obsession ou ces justiciers impitoyables qui restent sa marque de fabrique. Avec ce film, Clint Eastwood a sans doute voulu réconcilier une fois pour toutes l’ensemble de ses admirateurs. Ceux qui aiment Dirty Harry et ceux qui préfèrent la Route de Madison. Il n’est pas très loin de réussir son coup. Paru dans Libération du 25 février 2009

liberation.fr
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€