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Lost in translation
USA | 2003| 1h42
Réalisation : Sofia Coppola
Avec : Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribisi, Anna Faris, Akimitsu Naruyama
Version originale (anglais) sous-titrée en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour touner un spot publicitaire. Il a conscience qu'il se trompe - il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d'argent.
Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s'intégrer à la réalité qui l'entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire.
Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s'intéresser davantage à son travail qu'à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d'attention. Elle va en trouver auprès de Bob...


Le site officiel
par



http://www.allocine.fr/out.asp?redir=http%3A%2F%2Fwww%2Elostintranslation%2Dlefilm%2Ecom


L'avis de la Presse ...
par

Cahiers du cinéma - Emmanuel Burdeau Perdu entre Amérique et Japon, entre divers régimes d'images, entre masculin et féminin. Entre notre idole Bill Murray (...) et Scarlett Johannson, qui a ses lèvres boudeuses et sa moue chic. Perdu enfin, dans cet hôtel international, ce Tokyo sans version originale, où loge aujourd'hui le meilleur cinéma, immobile et attentif, occupé à la tâche sans fin de son autodestruction. Première - Stéphanie Lamome La fibre gaguesque que Virgin suicides ne nous avait laissé entrevoir que subrepticement, explose dans Lost in translation. La subtile Sofia surprend en exploitant des ressorts comiques aussi bêtes et efficaces que le mauvais anglais des Japonais, où le mètre quatre-vingt-dix de Bill Murray (...) Studio Magazine - Patrick Fabre Avec Virgin suicides, Sofia Coppola avait (...) placé la barre si haut que l'on pouvait douter qu'elle réédite un tel exploit. Force est de constater qu'avec Lost in translation, elle a pulvérisé son record, nous laissant ébahis par cette merveilleuse comédie sentimentale "atmosphérique". Chronic'art - Jean-Philippe Tessé Avec Lost in translation, la jeune cinéaste (...) filme des adultes. Pas question pour autant de faire un film sérieux - Sofia Coppola se moque du sérieux : chez elle, images et pensées se partagent entre gravité et légèreté, surface et profondeur, mélancolie et désir. Synopsis - Virginie Apiou Son histoire, transparente et claire comme la culotte de son héroïne (...) apparemment ténue, jouant sur le simple comique de situation - un étranger dans un monde dont il n'a pas les codes -, se révèle vite puissante. Le Nouvel Observateur - François Forestier (...) une jolie surprise : la réalisatrice capte avec délicatesse cet instant absurde où rien ne fonctionne, entre deux avions.

allocine.fr
Rencontre avec la Sofia Coppola
par Laurent Rigoulet

Apothéose now Après l'éblouissement de "Virgin Suicides", la fille de Francis Ford confirme son talent de cinéaste avec "Lost in translation", comédie romantique d'une étonnante maturité. Et impose à Hollywood, en même temps que son prénom, la singularité de son regard de femme. Francis Ford Coppola l'a voulu ainsi : « poétique et romantique, légèrement glamour, exubérant et pétillant... ». Dans un geste de père généreux et encombrant, le châtelain-viticulteur-cinéaste de la Napa Valley a donné à l'un de ses grands crus de champagne californien le prénom de sa fille. La cuvée Sofia 2002, aux arômes de poire et de chèvrefeuille, a, dit-il, le caractère « d'une jeune femme révolutionnaire atteignant la maturité ». On l'a entendu. L'automne 2003 marque le triomphe de l'« héritière ». Après le spleen sublime et éthéré de Virgin Suicides, Lost in translation, deuxième long métrage de Sofia Coppola, est un phénomène : une comédie romantique, made in Japan, qui fait le lien entre les générations. A New York, où les films valsent sur un rythme toujours plus soutenu, il n'a pas quitté l'affiche depuis septembre. La rumeur spécule déjà sur les oscars. Tarantino dit partout qu'il n'a pas vu de meilleur film depuis un an. Et le New York Times : « Elle était la fille dilettante d'une légende hollywoodienne. Qui aurait pensé que Sofia Coppola deviendrait un des cinéastes américains les plus prometteurs ? » Les critiques américains, qui ont passé des années à s'écharper assez violemment à la sortie de chaque film du père, se retrouvent dans une unanimité rare autour de la fille, de sa « merveilleuse délicatesse » et de son sens du détail, de son humour mélancolique et d'une sensibilité visuelle chic et moderne. On voit Sofia là où il faut être vu : en couverture du New York Times Magazine (« Coppola 2 »), où elle pose, presque boudeuse, l'air vaguement ennuyée qu'on interrompe sa rêverie. Dans les pages satinées de Vanity Fair, où Annie Leibovitz, photographe des grands de ce monde ultra-chic, la couche en belle au bois dormant dans la pénombre noire et blanche d'un éternel Hollywood. Dans les beaux draps d'une publicité pour le couturier en vogue, Marc Jacobs, avec le parfum (« gardénias flottant sur l'eau ») pour seule toilette. En quelques mois, Sofia est devenue la princesse branchée dont rêvent les producteurs, la figure incontournable du bon goût, aussi « lancée » côté rock (elle a réalisé le dernier clip des White Stripes) que côté mode (sa ligne de vêtements, Milk Fed, distribuée au Japon, suffit à la faire vivre). « Pour Hollywood, elle est irrésistible, dit Fred Roos, qui a longtemps coproduit les films de son père. Elle a dû recevoir cent scripts et n'en a probablement pas lu un seul. Il n'y a pas un acteur qui ne me demande de tourner avec elle. Je suis presque obligé de me battre pour les décourager. » « Quand j'entends ça, je me demande comment je vais réaliser un troisième film, soupire la jeune fille. Tout le monde m'avait parlé du cap difficile de la deuxième oeuvre. C'est au prochain qu'on me tombera dessus. Les critiques vont m'attendre au tournant. Je connais ça. Ils ne m'ont pas loupée, quand mon père m'a fait jouer dans Le Parrain 3. C'était violent. » Elle dit ça d'une voix blanche et nonchalante. Tout lui sourit, elle s'en angoisse. Elle est parfaite. On l'a à peine vue arriver. Il n'y a pourtant que quelques clients dans la minuscule cantine végétarienne en sous-sol où Sofia Coppola a donné rendez-vous, dans le sud de Manhattan. Le décor minimaliste immaculé évoque l'Angleterre des froides années 80. Au mur, un poster de Joy Division, défunt groupe morose. Pour le confort et l'intimité de la conversation, c'est un peu juste : une table et deux chaises en aluminium dans un courant d'air glacé. Pendant tout le repas, Sofia reste pelotonnée dans son duffle-coat, il faut se tordre le cou pour l'entendre. Personne ne semble la remarquer. Il est midi. Elle tombe du lit, et la pâleur du premier jour de grand froid lui donne le teint transparent de ses jeunes héroïnes indécises. 32 ans mais l'air d'en avoir 25. Si peu imposante qu'on ne remarque que ça : la minceur, la discrétion, la fragilité. « Elle a tourné le tout à son avantage, commente Roman, son frère aîné, réalisateur lui aussi. Mine de rien, elle est d'une force indestructible. Elle a des goûts très tranchés, des idées très précises sur ce qu'elle veut. Elle est sensible et rêveuse et s'impose comme ça. Ça n'est pas rien dans le monde du cinéma, où il est si difficile de monter un projet, où les financiers sont surtout à l'écoute de jeunes types beaux parleurs et arrogants... » « Elle est drôle, discrète, courtoise, complète son producteur Ross Katz. Une gracieuse dame de fer. » Lost in translation s'est fait comme elle le souhaitait. A la virgule près. Malgré les contraintes : vingt-sept jours de tournage, pas un de plus. Jour et nuit sur le plateau. Pour le rôle principal, elle voulait Bill Murray, l'acteur d'Un jour sans fin. Lui ou rien. Elle s'y est tenue. Malgré l'angoisse des financiers : « C'est un acteur qui a la réputation d'être très difficile, mais j'ai insisté. J'ai appelé tous ceux qui le connaissaient. J'ai laissé des messages sur sa boîte vocale presque tous les jours. Je lui envoyais des lettres, des photos, des pages de scénario... » Ça a duré près de neuf mois. Bill Murray s'est finalement laissé séduire. Il pense aujourd'hui avoir tourné « un classique ». Et dit de Sofia qu'elle a su réinventer son nom de famille. « Tout le monde s'extasie sur le fait qu'elle réussisse en étant la fille de son père, dit son amie Zoe, mais son talent, c'est d'imposer une vision de femme sans compromis. Il y a si peu de réalisatrices à Hollywood. » Zoe, c'est Zoe Cassavetes, la fille de John Cassavetes et de Gena Rowlands, avec qui Sofia Coppola partage depuis longtemps les ambitions créatives et la mélancolie des gens bien nés, la passion du luxe et de l'avant-garde, le goût du rock et de l'ennui feutré des grands hôtels, le désir de cinéma et ses angoisses. « Il faut être un peu folle pour faire ça, continue Zoe. Nos pères ont travaillé à une époque incroyablement riche et créative, ils ont eu une influence considérable. Alors on ne nous lâche jamais avec ça. Qu'allez-vous faire ? Est-ce que ce sera aussi bien ? Est-ce que ça y ressemble ? » Moue un peu lasse de Sofia, qui a toujours préféré ne pas y penser (« ça m'aurait paralysée ») : « Dans notre famille, c'est naturel de devenir artiste. La question se pose à peine. C'est noble et honorable. Ça m'a sans doute arrangée qu'on ne m'ait pas prise très au sérieux, ça me laissait la latitude de surprendre. » Francis Ford Coppola avait le feu sacré et voulait le propager. En fondant son empire, en créant son propre studio (Zoetrope), il a tout mis en oeuvre pour favoriser la relève. Ses enfants ont été les premiers à le suivre : « C'était excitant, dit Sofia. Il ne faisait pas de cinéma pour la gloire, il se mettait vraiment en danger, il avait le sens du risque... Ce qu'il m'a transmis, c'est la motivation et l'intégrité des gens de sa génération. Et le goût du travail. Au moment de réaliser un film, je ne crois plus être une enfant gâtée, je m'investis dans tous les domaines. Je travaille énormément. » La jeune fille secrète a grandi en public. Trois semaines après sa naissance, en 1971, elle faisait sa première apparition à l'écran dans la scène de baptême du Parrain. Coppola a toujours mis la famille au coeur de son travail. « C'est son idée du film de vacances », dit Sofia. Carmine, père de Francis, composait la musique des films de celui-ci et tenait toujours un ou deux petits rôles, comme la mère, Italia, et comme la soeur, Talia. Eleanor, l'épouse, jouait, elle, les archivistes (on lui doit les images du fameux Heart of darkness, documentaire choc sur le tournage d'Apocalypse now). Les fils ont vite obtenu des jobs d'assistant de production. La famille parcourait le monde au gré des tournages. A 4 ans, Sofia habitait une exotique villa de Dasmarinas, le « Beverly Hills de Manille », pendant le tournage d'Apocalypse now. Le premier instant où elle s'est furtivement rêvée en cinéaste n'a pas échappé à sa mère, qui l'a consigné dans un journal de tournage publié en 1979 : « Sofia crie "Action" à deux gardes sur les quais. Elle fait semblant d'avoir une caméra et de faire le point entre ses doigts. » Son enfance avait ce côté enchanteur que sa mère rapporte sans broder : « Ce matin, Sofia et moi sommes parties en barque. Un Philippin avait capturé un serpent venimeux de 2 mètres. [...] Francis nous a rejointes. Nous avons descendu les rapides pendant une demi-heure. [...] Pendant les prises, Sofia faisait des pâtés de boue au bord de la rivière. » En sirotant son thé, en début d'après-midi, la jeune femme attend patiemment que vous ayez fini d'égrener ses souvenirs. Elle préfère s'attarder, elle, sur ce jour où elle a découvert Prince et Purple Rain et où elle a commencé à imaginer des films et des costumes flamboyants en écoutant le disque. Elle ne dit pas grand-chose (« il n'y a pas grand-chose à en dire ») des journées d'adolescence désoeuvrée dans l'immense demeure victorienne de la Napa Valley, où elle vivait souvent seule en compagnie des gouvernantes, avec pour horizon les somptueux jardins, les vignes vallonnées et les lumineuses oliveraies. « J'ai un peu grandi au milieu de nulle part. Je ne pensais qu'à une chose, aller à San Francisco pour des concerts de rock. Et parfois pousser jusqu'à Seattle, où c'étaient les débuts du grunge... J'étais attirée par la vie plutôt ordinaire de mes amis, les banlieues bourgeoises américaines telles que je les ai montrées dans Virgin Suicides... Ça m'intriguait, j'étais tellement à l'écart. Mon enfance n'avait rien de normal. » Doux euphémisme. Les quelques scènes d'Apocalypse now tournées dans son jardin californien, les hélicoptères sur la pelouse, le campement alentour et, en permanence, l'inépuisable bouillonnement créatif de son père qu'on avait baptisé « le sultan de San Francisco », les folles entreprises et les coups de poker, les dettes monumentales (50 millions de dollars après Coup de coeur, son rêve de cinéma électronique), les fêtes somptueuses (plus de mille invités et un gâteau de 2 mètres pour ses 40 ans), les maîtresses, les crises existentielles et conjugales, dont l'épouse tirait publiquement la leçon en publiant ses carnets intimes : « Quand on aime la romance, écrivait-elle, on aime l'illusion, le métier d'un cinéaste, c'est de créer des illusions... » « On me tenait loin de tout ça, dit Sofia. J'étais la dernière et la seule fille, hyperprotégée. » A 12 ans, elle joue quand même sous la direction de son père, dans Outsiders puis dans Rusty James. Elle en a à peine 18 quand il la convoque en Italie pour lui confier d'autorité un des rôles principaux du Parrain 3, pour remplacer au pied levé Wynona Rider. Elle a oublié ses crises de larmes sur le plateau et les accès de colère du paternel (« Il était plus dur avec nous parce que, chez nous, on ne prend pas la famille à la légère », a-t-elle dit un jour à l'un des biographes de Francis Ford Coppola). Ce qu'elle garde en mémoire, c'est la cruauté des critiques (exemple : « Son absence de grâce n'est pas loin de gâcher le film »). « J'avais trouvé l'expérience excitante, dit-elle. Je me voyais bien dans ce personnage, fille un peu bizarre d'un homme très puissant. Mais ça ne m'intéressait pas le moins du monde de devenir actrice. » Comme plus tard ses héroïnes, elle est alors un peu « désemparée » à l'idée de vivre sa vie. La critique ne va pas l'épargner davantage, quand elle cosigne avec son père, en 1989, un sketch de New York Stories, l'histoire d'une petite fille riche qui vit dans un palace, se rend à l'école en taxi, porte des toques de marin signées Chanel. « Mon père m'avait emmenée dans un hôtel de Las Vegas pour que nous y écrivions ensemble, mais le film traduit plutôt sa propre vision des choses. Moi, je ne pensais qu'à sortir, à aller au casino. Ce que je voulais, c'était dessiner les costumes... » Le dessin, le design, la mode l'ont intéressée un temps. Et la musique, la photo... Elle a été stagiaire chez Lagerfeld. Elle a créé sa propre griffe (www.milkfed.jp) avec son amie Stephanie Hayman. Elle a été photographe de mode. Animatrice d'un show télé avec Zoe Cassavetes. « J'avais de multiples centres d'intérêt, je ne m'investissais nulle part, c'était frustrant. » Par cette manière de tout survoler et de ne rien oublier, d'être partout et nulle part, curieuse et détachée, volontaire et frivole, hypersensible et sardonique, Sofia Coppola a trouvé sa « voix » dès qu'elle est passée à la mise en scène. Son registre ­ un intimisme doux-amer ­ pouvait difficilement être plus éloigné du souffle épique qui animait l'oeuvre de son père. Le cinéma de la jeune fille ne perd pas pour autant le fil de la saga familiale, il prolonge celle-ci mezzo voce et en éclaire, sur un mode très personnel et très impressionniste, des pans obscurs ou douloureux. Virgin Suicides abordait de manière détournée et poignante la mort accidentelle, à 33 ans, de son frère Gian Carlo, que Francis Ford Coppola considérait comme son héritier et son confident. Dans Lost in translation, elle décrit avec une même clarté la crise existentielle d'une jeune fille de 20 ans et celle d'un acteur quinquagénaire adulé. Il n'y a ni fossé ni conflit entre les générations, les expériences se croisent ou se font écho, ses impressions sur le couple ou sur le Japon se mêlent à celles décrites par sa mère (« Kyoto m'a semblé merveilleuse, comme s'il y avait là quelque chose pour moi que je ne peux définir », écrivait celle-ci dans un style élégiaque proche de celui que sa fille a trouvé dans le film). Sofia Coppola s'amuse des interprétations que vous donnez : « Je fais des films pour trouver moi-même des réponses. » Quand la conversation aborde une zone cafardeuse, elle demande invariablement à changer de sujet. Ce roman français où un couple se sépare et fait l'amour pour la dernière fois dans un hôtel de Tokyo qui évoque celui de Lost in translation ? « N'en dites pas plus, ça me brise le coeur ! » Le lendemain, la cinéaste, qui ne sait plus trop si elle vit aujourd'hui dans son appartement de New York ou dans sa villa de Los Angeles, reprend son existence de globe-trotter first class. Elle est en partance pour Rome en compagnie de son frère Roman, avec qui elle partage chaque projet. Elle y retrouvera Bill Murray, qui tourne avec un de ses proches, le réalisateur Wes Anderson. Puis Paris et Londres, où vivent ses amis de la musique et de la mode, Air, Phoenix, Daft Punk, Marc Jacobs, Kate Moss... Sofia est au coeur de ce que son père appelait de ses voeux : une communauté d'artistes qui s'investit tous azimuts, passant en un clin d'oeil de la mode au graphisme, de la musique au cinéma ­ « la mafia créative Coppola », selon le New York Times. Sont-ils trop riches, trop beaux, trop cool, irrésistiblement désespérés ? Sont-ils novateurs et anticonformistes ? Font-ils leur « révolution », comme le souhaite Zoe Cassavetes ? Autant de questions que Sofia Coppola laisse en suspens et retourne poliment à son interlocuteur. Elle n'en est qu'au deuxième film. Pour répondre, elle pense avoir le temps. Laurent Rigoulet (envoyé spécial à New York)

telerama.fr
La critique de Télérama
par Marine Landrot

Brève rencontre à Tokyo. D'un sujet classique, Sofia Coppola tire un film unique et bouleversant. Un homme, une femme. Un regard, un hôtel. On croit connaître la chanson. Et voilà que Sofia Coppola nous la chante à sa façon, limpide, unique. A-t-elle lu Baudelaire ? On le jurerait tant les vers d'A une passante résonnent dans ses images mélancoliques, bercées d'un rock chaud et planant : « O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais... » La passante, c'est Charlotte, jeune mariée au visage bouffi de sommeil. Celui qui la re- garde, c'est Bob, acteur du double de son âge, les traits figés dans une moue de perplexité caoutchouteuse. Leur rencontre aurait pu se passer sur la Lune, ou au fond de l'océan. Elle a lieu dans un grand hôtel de Tokyo, lieu de perdition accueillant et impénétrable, sas de sécurité ouvert à tous et fermé sur lui-même. Oubliés dans leur Amérique natale, inconnus dans un Japon fatal, Charlotte et Bob ne savent pas que ce cocon ouaté sera le lieu de toutes leurs métamorphoses. Elle est venue accompagner son mari, fringant photographe à l'agenda surbooké. Il a laissé sa femme à ses histoires de moquette en Amérique et s'en est allé tourner une pub pour un whisky nippon. Ils ne se connaissent pas et n'ont pas l'intention de le faire. Concrétiser, décider, très peu pour eux. Météorites déboussolés, ivres d'ennui et de solitude, ils tournoient sur eux-mêmes avant de s'entrechoquer en douceur. Leur attraction est d'abord régie par le décalage horaire. Sofia Coppola donne à palper, comme personne, cette étrange maladie du voyageur condamné à vivre à contretemps, perdu dans un brouillard énergisant. Zombies en état d'éveil extrême, Charlotte et Bob émettent et captent des signaux inhabituels. Engourdi et détraqué, leur organisme compense par une excitation nerveuse qui décuple l'acuité sensorielle. La clameur électrique de Tokyo les met en alerte au lieu de les assourdir. Un fax qui crépite, des rideaux qui s'ouvrent automatiquement : chaque bruit sonne comme une présence surnaturelle et alarmante. Le décalage recale. Il remet les choses en place, comme un massage violent qui malmène le corps avant de le laisser repartir pour d'autres aventures, autonome, souple et détendu. Le film aurait pu se passer sur une plage des Seychelles ou sur une gondole vénitienne. Nous nous serions satisfaits de n'importe quel cliché, tant Sofia Coppola est apte à tout régénérer. Elle a la bonne idée de parachuter ses personnages au Japon et de n'en tirer aucun dépaysement romantique. Rêche et brutal, l'exotisme nippon n'incite pas à la bagatelle. Charlotte et Bob sont même chassés d'un restaurant à coups de mitraillette virtuelle... Les feux rouges font tchip-tchip, les trains entrent en gare sur fond de musique criarde, les luminaires des gratte-ciel remettent tout oeil vague dans le droit chemin. D'inutiles messages sonores et visuels fusent de toutes parts, accaparant leurs pensées. Tout est fait pour qu'ils ne puissent pas rentrer en eux-mêmes, dans ce pays de surpassement technologique. Et pourtant, l'effet inverse se produit. Leur corps devient une coquille dans laquelle ils se réfugient pour se mettre à l'abri. Et la sérénité finit par affleurer, du tréfonds de leur être. Sofia Coppola capte aussi la douleur fugace mais intense de l'étranger privé de ses repères. Perdus dans un monde dont ils ne comprennent ni la langue ni les codes, ses deux héros ont mis leur intellect en veilleuse. Ils sont dans le vertige de l'instant, dans la perception immédiate et directe du présent. Se trouver immensément grand dans l'ascenseur, se laver sous une pomme de douche réglée à la mauvaise hauteur. Autant de sensations primaires et implacables qui vous plongent dans une terrible angoisse existentielle : qui suis-je sur cette terre où rien n'est fait pour moi ? Du coup, la plus petite connivence devient rassurante. Un seul regard est source d'apaisement. Bob et Charlotte se rejoignent par solidarité métaphysique, unis par la beauté de leur silence dans le brouhaha tokyoïte. Sofia Coppola leur tend beaucoup de miroirs : Charlotte ne peut éviter de se regarder dans la baie vitrée de sa chambre d'hôtel, et Bob n'en finit plus d'être confronté à sa propre image, reproduite à grande échelle sur les affiches publicitaires de la ville. Effrayés par le reflet d'eux-mêmes, ils s'oublient dans les yeux l'un de l'autre. Voir à travers l'autre, tout en se réverbérant en lui, c'est le propre d'une rencontre réussie... La fusion opère d'autant mieux que les deux êtres sont farouches et réservés. Parfois presque boudeurs et dédaigneux. Souvent drôles et flegmatiques, amusés par l'absurdité de leur destin. Interprétés par deux acteurs au jeu translucide et pénétrant (Scarlett Johansson, la petite pianiste de The Barber, des frères Coen, d'une douceur olympienne, et Bill Murray, le dindon d'Un jour sans fin, délicatement désorienté), ils semblent éterniser le calme avant la tempête. Tout se joue à l'intérieur. Ils couvent quelque chose de fragile et d'indéfinissable dont l'éclosion n'apparaîtra pas à l'écran. Non pas que Sofia Coppola cherche à jouer sur la frustration. Elle suit simplement la maturation éphémère et innocente de quelque chose d'impalpable : l'évolution des êtres. Son film montre que les grands moments de la vie ne sont pas forcément les plus spectaculaires, que les changements d'aiguillage n'interviennent pas forcément aux grands carrefours fléchés. Bob et Charlotte s'aiment-ils, s'aimantent-ils ou s'épaulent-ils simplement ? « Un éclair... puis la nuit ! Fugitive beauté / dont le regard m'a fait soudain renaître / Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ? / Ailleurs, bien loin d'ici, trop tard ! Jamais, peut-être... » Sofia Coppola nous laisse le soin de résoudre l'énigme baudelairienne tout seuls, face à nous-mêmes, longtemps après la mystérieuse image de fin. Avec une certitude très nette : ce film-là, radieux, retenu et remuant marque une date dans l'histoire personnelle de celui qui l'a vu. Marine Landrot

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La critique de Libération
par Didier PERON

ros succès indé surprise outre-Atlantique, cinq fois nominé au x Golden Awards (meilleurs scénario, film, acteur, actrice, metteur en scène), étape préliminaire décisive aux oscars, Lost in Translation est, après Virgin Suicides, le second film de Sofia Coppola. La fille Coppola est certainement la personne la plus proche de l'idée que l'on peut se faire de certains personnages de Salinger, riches, surdoués, d'un élitisme caustique, le tout submergé par un nuage parfumé de tristesse chic, moue boudeuse à la vie, gros yeux noirs que l'on fait au destin, ruban de soie et de cendres. Zombie. Sofia Coppola n'a pas vraiment besoin de travailler, elle a lancé à 20 ans avec une copine, quasiment pour rigoler, une ligne de vêtements Milk Fed au Japon, qui a si bien cartonné qu'elle lui assure désormais des fins de mois cinq étoiles. C'est comme ambassadrice de cette marque qu'elle s'est mise à fréquenter plusieurs fois par an Tokyo, descendant, pauvre petite fille riche, au Park Hyatt, tour infernale de plus de cinquante étages dotée d'un bar panoramique ouvrant, tel un aquarium bleuté, sur les splendeurs clignotantes de la capitale nippone. Lost in Translation se déroule ainsi presque entièrement entre les murs de ce palace où débarque dès la première scène Bob Harris (Bill Murray), acteur fameux venu cachetonner pour 2 millions de dollars dans la pub d'un whisky. Complètement hagard, tentant de décompenser les effets désastreux du jet-lag et de l'insomnie par l'absorption de grosses quantités d'alcool, Harris a de plus en plus l'air de ces zombies mondialisés qui hantent les halls de transit des aéroports et des grands hôtels, perpétuels déterritorialisés qui n'aiment rien tant que d'être loin de chez eux mais qui, au fond, sont horripilés au dernier degré par tout ce qui ne colle pas avec leurs us et coutumes indigènes. En cela, le Japon est évidemment un terrain d'expérimentation particulièrement efficace. Pays profondément américanisé après la défaite en 1945, longtemps premier de la classe du capitalisme triomphant à l'image exacte du maître à penser US, c'est aussi l'espace de la différence irréductible. Entre reconnaissance absolue et perte de tous les repères, le film chaloupe, accroché à son antihéros de quinqua défait. Tout le début de Lost... est une suite de gags où le corps de grand échalas lessivé de Bill Murray est livré aux affres de l'incompréhension. Par-delà l'infranchissable faille linguistique, le no comprendo est général et d'autant plus amusant qu'il est surjoué par Harris, archétype du grincheux de service fermement décidé à profiter de ce trip au pays de l'exquise urbanité pour rompre les derniers liens avec la communauté humaine. Art du cliché. On a pu dire ici et là que le film transportait dans sa valise un peu trop de gags fonctionnant à la xénophobie antijaponaise. Certes, Lost... repose en partie sur la coexistence burlesque entre la nonchalance de l'Américain Murray et l'empressement des Japonais, et plutôt aux dépens de ces derniers. Mais on peut aussi bien analyser le film autrement : comment réagit un représentant de la culture dominatrice américaine, porte-drapeau vivant de deux emblèmes yankees (whisky et cinéma) plongé à l'état de minorité dans un environnement civilisationnel fort comme peut l'être le Japon, culture autarcique et de haut lignage s'il en est ? Shiva Naipaul (frère précocement décédé du prix Nobel V.S. Naipaul) écrivait dans son Voyage inachevé que «tout voyage est un processus d'autoanéantissement». Lost in Translation explicite cette idée à sa manière glamour, avec un art du cliché touristique assumé (voire fétichisé : le quartier de Shibuya la nuit avec ses façades vidéo, le karaoké, l'altérité culinaire radicale..). Plus le film avance, nouant soudain une idylle platonique avec une autre jet-laggée, Charlotte (Scarlett Johansson), plus Harris, rouleur de mécaniques blasé, rejoint à son tour les espaces flottants de la ville futuriste, crooner murmurant, individu anonyme dans la jungle des parapluies à l'heure des ondées tropicales. Dilemme. Sofia Coppola n'a pas son pareil pour fixer en un plan ces épiphanies rares qui ne relèvent ni d'un sens du récit (ici plus que lâche) ni d'une particulière virtuosité. Simplement, la légèreté de la forme finit par manifester une profondeur de fond, l'étude en mode mineur d'un certain état de l'individu moderne déchiré entre les souffrances de l'ubiquité et les ravissements de la solitude ultime.

liberation.fr
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnements
6 places : 36€
12 places : 63€
Tarif - 14ans : 4,50€